Time, time is a trick! How many birthdays did you have? One. You had one of birth. You continue to count, your mind gives up, your body deteriorates. This is the trick of time.

— Prince, Purple Rain live, Paisley Park, 1999.

STAGED – CRÉATION EN 2027/2028

Photographie tirée d’une capture d’écran vidéo du premier laboratoire à Klap – Maison pour la Danse

L’écran s’allume. Une vidéo d’introduction. La foule s’embrase, ou du moins, c’est ce qu’on entend. J’entre en scène. Des sons percussifs ponctuent mes gestes : un rituel d’apparition. Le premier morceau démarre. La musique s’arrête. Je fais un geste pour relancer. Je reprends, comme s’il n’y avait pas eu d’interruption. Le son se coupe à nouveau. Plus longtemps cette fois. Je ménage l’attente. Je chute. Je me relève aussitôt. La boucle semble interminable. Le corps s’épuise mais tient.

C’est là que ça m’intéresse.

STAGED est un solo dansé né d’une nécessité intime : interroger le divertissement ; que fait-il fait à nos corps, que nous fait-il désirer, qu’est-ce qu’il nous coûte ? La pièce prend la forme d’un concert pop reconstitué artificiellement : temple contemporain du divertissement, terrain de jeu idéal pour un corps déployé, généreux, populaire. Mais c’est une scène dans une scène. Un dispositif qui se montre comme tel, et qui, en se montrant, commence à grincer.

Au-delà de l’idée que l’on se fait du divertissement, qu’est-il réellement ? Il n’est pas un détournement du regard : c’est peut-être un jeu de flux. Il paraît instantané, immédiat mais il s’agirait de retenir, frustrer, relâcher. Le divertissement semble avoir un double fond. Créer du désir, de l’attente, du plaisir. Ce plaisir-là, je veux le partager mais pas lisse, pas constant. Un plaisir mis à l’épreuve, traversé par des ratés, des tensions, des effondrements.

Les ratés scéniques m’intéressent précisément parce qu’ils suspendent le divertissement : ils ouvrent une brèche, laissent entrer quelque chose d’autre. L’empathie, peut-être. Ou l’inquiétude. Ou les deux en même temps.

Tout cela est incarné par une figure. La bête de scène. C’est le résultat d’une transformation, d’une mue dont les échecs ont tanné l’enveloppe. Sur scène, je joue cette présence quasi animale, ce corps qui divertit jusqu’à perdre le contrôle de lui-même et devenir presque monstrueux. Un inconfort. Une brèche dans le réel. Puis un dépouillement. Une bête de scène incarnée à plusieurs niveaux, qui se désacralise et qui pose les questions suivantes : Jusqu’où aller pour divertir ? Quel rôle, quel impact, quelle puissance a un artiste sur scène et sur le public ? Comment les déceptions, les ratés modifient-ils cette relation entre artiste et public, et ce de chaque côté ?

STAGED tend un miroir ; pas pour rejeter le divertissement, mais pour l’accepter, dans ce qu’il a de vital et d’épuisant. Puisque nous avons besoin de nous divertir, pourquoi ne pas le faire ensemble ?

Format : Solo dansé, performatif. Travail son, vidéo et lumière.

Durée envisagée : 50 minutes

Chorégraphe/Interprète : Anthony Roques

Création lumière : Benjamin Forgues

Dramaturge : Chloé Bellemere

Regards extérieurs : Hannah Le Mesle, Max Gomard

Étape du travail à ce jour : Premier laboratoire effectué. En recherche de résidences. Première envisagée en 2027/2028.

Soutenu par Klap – Maison pour la danse

Photographies tirées de captures d’écran vidéo du premier laboratoire à Klap – Maison pour la Danse
Prototype de visuel pour vidéo d’introduction au « concert » © Anthony Roques